La rente TV est morte.
Le foot français doit changer de modèle, pas d'attentes.

Les projections LFP pour 2026-2027 sont désormais publiques : 412,2 millions d'euros de droits audiovisuels bruts, dont seulement 184,1 millions nets à répartir en Ligue 1 après charges, prélèvement CVC et aides aux relégués. Et encore, ce solde se scinde en deux : 112,5 millions partagés entre les 18 clubs selon les critères classiques, et 71,6 millions réservés à la dizaine de clubs disposant d'un indice UEFA. Sur la part socle, le champion de France toucherait 11,7 millions, le dernier 3,6 millions. À titre de comparaison, Southampton, dernier de Premier League la saison dernière, a touché à lui seul 125,2 millions d'euros, soit plus que les 18 clubs français réunis hors part UEFA.

Le réflexe naturel est de présenter ces chiffres comme une crise. Une crise est temporaire. Or rien ne suggère que le marché français retrouvera un jour les niveaux de la décennie 2010. Mediapro en 2020, le départ de Canal+ au terme d'un conflit qui a coûté au championnat son partenaire historique le plus fiable, DAZN en 2025, Ligue 1+ qui stabilise à un niveau bas grâce à une aide de 63,5 millions d'euros venue du fonds de réserve : ce n'est pas une crise, c'est un nouveau régime.

Trente ans à se mentir

Pendant trente ans, le football professionnel français s'est construit sur un postulat implicite : les droits télévisés ne pouvaient qu'augmenter. Masses salariales, stratégies de recrutement, attractivité pour les investisseurs, calculs de la DNCG, toute la grammaire économique en découle. Elle ne fonctionne plus.

Deux exceptions méritent d'être citées pour ne pas faire de mauvaise foi : la Premier League maintient son rang autour de 1,95 milliard d'euros par saison, et la Bundesliga vient de signer un contrat en hausse de 2 % à 1,12 milliard. Partout ailleurs, c'est la décrue : Italie, Espagne, France, et jusqu'aux États-Unis avec la faillite de Diamond Sports. Le streaming a fragmenté l'audience, le piratage reste massif, et la valeur du direct sportif est désormais arbitrée par des plateformes qui ne raisonnent plus en logique concurrentielle.

Ancrer ou disparaître

Si les droits TV ne reviennent pas, les revenus stables prennent une importance inédite dans le foot français : billetterie, abonnements, hospitalité, sponsoring local, et, sujet longtemps tabou, financement direct par les supporters via des dispositifs d'actionnariat populaire structurés. Ces revenus sont peu volatils, ancrés territorialement, et indépendants des arbitrages des plateformes.

Cela suppose un rapport au stade et à la base supportrice qui ne soit plus une variable d'ajustement marketing, mais le centre de gravité économique du club. Et une gouvernance qui désaligne les décisions du seul horizon court-termiste des actionnaires opportunistes.

Ailleurs, ça tient

Ailleurs en Europe, des structures résistent mieux parce qu'elles ont été pensées autrement. La règle 50+1 en Bundesliga, qui empêche tout investisseur de prendre le contrôle majoritaire d'un club. Les socios en Espagne, où le Real Madrid, le FC Barcelone et l'Athletic Bilbao restent juridiquement propriété de leurs membres. Ou les renaissances communautaires britanniques, d'Exeter City à AFC Wimbledon en passant par Bury reconstruit. Aucun de ces modèles n'est parfait, aucun n'est directement transposable. Mais tous partagent une chose : ils ne dépendent pas d'une rente externe pour exister.

Le sujet qu'on évite

La discussion publique actuelle, focalisée sur la répartition des 184 millions, manque l'essentiel. Le sujet n'est pas de se partager une rente qui rétrécit, c'est de construire un foot professionnel qui n'en dépende pas. Cela passe par des arbitrages que la LFP, les clubs et le législateur ont jusqu'ici largement refusés : ouverture du capital aux supporters dans des conditions juridiquement structurées, transparence financière renforcée, encadrement des actionnaires de passage, place réelle des associations de supporters dans la gouvernance.

Ces sujets, la Fédération des Socios de France, dont Girondins Socios est adhérent, les porte depuis sa création. Le renouvellement du mandat de l'Instance nationale du supportérisme en 2026 sera l'occasion de mesurer si l'État est prêt à les entendre. La fin d'un cycle économique ouvre rarement une fenêtre aussi nette pour penser autre chose. Encore faut-il accepter que ce soit une fin, et non une parenthèse.